Jeudi 11 août 2011
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Africajarc : Modeste mais joli festival, bien passionnant, autour de l'Afrique. Tout y est ou à
peu près: des créations les plus spirituelles aux petits objets pour touristes en passant par les expos associatives. Cajarc, village de 1200 habitants, "perle
de la vallée du Lot", m'apprend-on, est en proie au doute quant à la reconduite de l'événement: ce serait dommage d'arrêter, au contraire il faudra le rendre plus consistant. En attendant, il
tient ses ambitions, contre les miasmes de la xénophobie aux apparences raisonnables... Incroyable comme ceux-là même qui se pensent dans l'histoire, s'en détournent et en refusent le cours.
Mais la roue de l'histoire tourne et elle continue. Et tant mieux si c'est sans eux! Les franco-africains de toutes les couleurs en ont témoigné, même ceux qui n'ont jamais mis pied sur le
continent africain.
Pour ma part, Africajarc, c'est d'abord un authentique rdv autour de
l'Afrique dans ses aspects les plus dynamiques, créatifs - et non empoussiérés. La rencontre avec des créateurs écrivains, cinéastes, musiciens, sculpteurs, associatifs... des connaisseurs et
faiseurs d'Afrique ou des afriques, d'ici et de là-bas, voire d'ailleurs. C’est ce que j'ai pris l'habitude d'appeler: le monde africain! Oui, bien entendu, il n'y était pas
présent dans toute sa diversité et sa splendeur, mais on pouvait très bien le percevoir à travers les débats au "Grain littéraire", au pied d'un arbre... à palabres, ou encore au Forum,
près du stand de l'association Survie - dont je sais gré de dénoncer les concessions pétrolières, forestières, portuaires... toutes mortifères pour les populations africaines du Congo, du Gabon,
du Cameroun, de l'Angola, de la Côte d'Ivoire...
Pour mon plaisir - j'y ai bien droit - j'ai pris le temps d'échanger en particulier avec
Emmanuel Dongala et Eugène Ebodé, respectivement écrivains congolais et camerounais. Avec le premier j'ai évoqué quelques unes de ses œuvres : "Jazz et
vin de palme"," Un fusil dans la main, un poème dans la poche"... pour terminer sur son dernier: "Photo de groupe au bord du fleuve" dont je savoure
l'élégante écriture et la consistante matière sur la vie des femmes d'Afrique centrale. A Emmanuel, j'ai expliqué aussi comment son "Jazz et vin de palme" a été un fond de lumière et de plaisir
dans mes années de jeunesse: critique de la parodie révolutionnaire au Congo-Brazzaville et surtout les sublimes pages sur le jazz en Amérique et la rencontre avec le
saxophoniste John Coltrane. La lecture fut pour moi un
moment d’initiation au monde du jazz .
Quant à Eugène Ebodé, un hasard de rencontre comme qui dirait ! D’abord, son intervention
typique au cours du débat sur les femmes d’Afrique au « Grain Littéraire »… qu’il ponctura par un envoutant extrait chanté - oui, chanté!- d’un titre de Richard
Bona : « Suninga » (When will I Ever See You) aux accents nostalgiques certains... Notre échange s’engage peu après à la librairie du festival où
il me présente ses livres. Je sors de là avec l’un de ses derniers romans : Silikani, nom qu’il a donné à une protagoniste, inspiré d’une chanson de Tabu
Ley (« vieux Mazé » ou « Rochereau » pour d’autres amateurs). Il m’a dit : lis-le, il te plaira car il parle de musique, de départ… avec en prime une belle
dédicace empreinte de poésie, de nostalgie et de fraternité qui me fait dire que c’était une belle rencontre. En effet, la lecture de ce roman est pour moi une vraie plongée
dans l’aurore de ma vie sous les Tropiques. Et les vignettes sur des musiciens comme Manu Dibango, Fela Kuti, Kabasélé, Eboa
Lotin… enrichissent mon univers de mélomane toujours à la recherche de sens… Le livre, évocation d’une force réelle : c’est la vie, même dans ses pages quasi
nécrologiques !
Cajarc, c’est aussi d’autres rencontres : Kag Sanoussi (animateur d’un débat sur le
multiculturalisme), Gaston Kelman (…le noir qui clame ne pas manger le manioc !), Aïssatou Diamanka-Besland (auteur de Patera,
Fracture identitaire…) dont j’aurai voulu prolonger le propos au Grain Littéraire mais le temps a fait défaut ! Et bien, bien d’autres encore… Sans oublier l’accueil des
habitants, des restaurateurs, boulangers, producteurs locaux… ou encore d’autres venus de Toulouse, comme Ya Gabi du Mayombe, ancien du ballet Congo ayant animé
des années durant des ateliers de danse comme le rappellent Mizélé, Wab, Pierre, Nyong…
Dans la soirée : les Benda Bilili… "trop, trop forts !" selon leur
propre slogan, ont enflammé le village avec leur rumba congolaise aux accents années 50 « Indépendance tcha tcha » ! Mais alors quelle leçon de vie pour nous autres dits
« valides » de la part des personnes en situation de handicap. Les jeux sociaux ici s’inversent vraiment quand ces derniers chantent, dansent, respirent la joie de vivre, comme peu
d’entre nous sauraient le faire. On ne peut que les suivre dans leur leitmotiv : trop, trop fort! Et on se met à bouger,même assis ! Ainsi, nous sommes déjà bien chauds quand arrive le
prince nigérian Femi Kuti, digne fils de son père dans l’inspiration, mais pour un afro-beat plus énergique et si véloce qu’il dessert un peu le verbe acerbe
contre les impitoyables dictateurs et leurs connexions globalisées affamant les pays de son continent. Et de dire et répéter à qui veut l’entendre : vous pouvez changer les choses… vous
savez, vous aussi en Europe, il ne vous reste plus longtemps. Vous allez être obligés de bouger avec nous ! Ah, comme il nous rappelle le prêtre de l’afro-beat, une vingtaine de
danseuses en moins ! Lui en a juste trois, des charmantes nigérianes qui se livrent à une danse ininterrompue durant tout le concert. Quelle jeunesse !
Des jours meilleurs pour Africajarc !
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