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Publié par Paul M

Des mutations familiales et du "devenir-sujet" dans l'action socio-éducativeDes mutations familiales et du "devenir-sujet" dans l'action socio-éducative
Des mutations familiales et du "devenir-sujet" dans l'action socio-éducativeDes mutations familiales et du "devenir-sujet" dans l'action socio-éducativeDes mutations familiales et du "devenir-sujet" dans l'action socio-éducative

Comment se construit le sujet – le processus de son émergence - dans l’accompagnement social ou socio-éducatif, en regard des dynamiques familiales marquant les sociétés contemporaines en Europe et en Afrique ?

 

Séminaire conjoint ENTSS - IFRASS - Du 14 au 16 mars 2017, à Dakar (ENTSS)

Le premier « séminaire » tenu en mars 2015 sur le thème « Développement de l’enfant et protection de l’enfance », avait réuni une vingtaine de contributeurs enseignants et formateurs d’écoles et d’universités, agents socio-éducatifs professionnels et bénévoles, psychologues cliniciens et interculturels, étudiants en travail social spécialisé et militants ou membres d’ONG agissant dans le domaine de l’enfance et de la famille.

Si l’ambition était avant tout de découvrir et d’explorer la thématique, selon les contingences socio-historiques et socio-politiques propres à chaque société, nous souhaitions aussi ouvrir et même construire un axe de coopération à la fois heuristique, professionnelle et pédagogique. Aussi la question du sens de ce que les uns et les autres font, celui précisément  de nos pratiques: pour quoi, pourquoi et bien entendu comment intervenir… était au cœur de toutes les interventions. Celles-ci ont permis d’entrevoir au moins deux catégories de limites dans les mises en œuvre des projets d’action sociale et éducative en développement ou en protection de l’enfance.

La première concerne les moyens réduits, parfois même improbables, dont disposent les organisations, les institutions et leurs agents. Comment aller plus loin dans un travail de soutien et d’accompagnement de la personne dans le besoin, sans pouvoir s’appuyer sur un contexte politique ou institutionnel avéré ? Dans ces conditions, « un engagement affirmé », bénévole ou professionnel, de l’agent social peut-il être une ressource ? Si oui, quelle forme devrait-il prendre : celle d’une revendication ou d’une dénonciation ? Par exemple, un travailleur social trouverait-il matière à inspiration pour une action efficiente, dans un mouvement social comme celui des « Indignés », des « Nuits debout »… dans les pays européens (France, Espagne, Belgique…), ou des « Y en a marre »… comme dans les pays africains (Sénégal, Congo RDC…) ?

Cette première catégorie de limitation est donc institutionnelle et politique, tandis que la seconde, elle,  tient plutôt du domaine socio-culturel : elle s’apparente à des « contraintes » - au sens durkheimien - liées aux logiques familiales et à leurs avatars en Europe comme en Afrique aujourd’hui. En effet, il est apparu à partir des interventions ciblant l’approche de l’enfant, notamment en situation de risque voire de danger, que la famille était une référence incontournable, en Europe comme en Afrique, dans toute intervention socio-éducative. Cela non seulement parce l’enfant est avant tout enfant de ses parents qui l’accueillent, l’élèvent et l’éduquent, avec leurs atouts et leurs limites ; mais aussi parce que c’est auprès d’eux, comme en témoignent de nombreuses enquêtes, qu’il est immédiatement le plus vulnérable, le plus exposé à des violences en tout genre, des plus anodines aux plus graves. C’est ainsi, qu’il s’agisse de son développement ou de sa protection, la famille apparaît comme l’enveloppe première de l’enfant, quelle que soit la démarche dans laquelle s’inscrit l’observation, heuristique ou opérationnelle. Elle est fatalement une dimension essentielle dans la construction de sa personnalité et très certainement dans son processus de subjectivation.

Cependant, une différence fondamentale est ressortie dans « le rapport de l’enfant à  la famille » entre les sociétés africaines et européennes. En effet, dans les premières, ce rapport procède davantage des modalités s’ancrant dans une expérience collective, fût-ce celle de groupes socio-ethniques ou socioreligieux, quand bien même ne serait-il pas à l’abri de récupérations ou dévoiements individuels. Cela se voit pour le Sénégal, par exemple, dans cette tradition multiséculaire conduisant les familles à confier, à des fins d’éducation, au moins en première intention, leurs enfants à des « marabouts », maîtres de « daara » ou écoles coraniques. Dans le Sénégal d’aujourd’hui, ce système qui jadis assurait à l’enfant une éducation religieuse, une protection sociale et un statut d’honorabilité pour l’avenir, l’expose à des pires maltraitances principalement dans le cosmopolitisme urbain. Et les familles y croyant encore, comme du temps des microsociétés villageoises, condamnent souvent l’enfant, parfois très jeune, à l’errance et ses nombreuses vicissitudes.

A ce propos, nous pourrions ici évoquer les contributions de nos collègues de l’ENTSS et du CEGID (Centre de Guidance Infantile de Dakar) sur le traitement familial des violences faites aux enfants lequel tendrait à protéger l’honorabilité des adultes, quand ce n’est pas celle de la communauté, au détriment de l’enfant victime.

Derrière la question du développement et de la protection de l’enfant, se pose inéluctablement celle des dynamiques familiales. En effet, dans le même temps, des logiques de type « moderne » imprègnent la vie des familles dans le contexte urbain en particulier. Tant et tant d’entre elles se construisent autour du couple et ses enfants, même si souvent cela n’est pas sans interférence avec les collatéraux et les ascendants - ou divers autres parents en lignages. Il semble évident que le modèle familial sénégalais témoigne d’une réelle complexité demandant à être explorée et explicitée à des fins d’intervention sociale et éducative de soutien à la parentalité et de développement ou restauration du sujet notamment chez l’enfant ou le jeune. Sur quelles logiques familiales pourrait donc être fondée une intervention socio-éducative et qu’en seraient les modalités opératoires dans le processus socio-éducatif du devenir-sujet ?

En revanche, en société européenne, occidentale en particulier, l’enveloppe familiale de l’enfant, en matière de développement et de protection notamment, est plutôt référée aux valeurs (ou contre-valeurs) de l’individu-parent, même pour les familles migrantes (!). Elle est regardée comme un processus s’organisant à partir des rationalités ou dynamiques portées par chacun des parents, en somme une combinatoire de choix individuels « négociés » au sein du couple ou du foyer.

Mais cette modalité individuante de la famille n’en est pas moins partagée par les membres d’une même société. Il s’agit bien d’une contrainte collective portée du reste par les politiques familiales, elles-mêmes enracinées dans le droit de l’enfant en tant que « personne ». C’est bien le cadre de référence d’actions en faveur du développement et de la protection de l’enfant, à partir duquel se déploient et s’observent des conformations, des variations voire des déviances individuelles, parentales sinon familiales.

Si la diversification des modèles familiaux, en accélération depuis les années 60-70, marquent aujourd’hui les pratiques sociales et, en creux ou en relief, les politiques publiques, elle n’en finit pas de questionner les modes d’intervention socio-éducative. En effet, comment associer la différenciation du « faire-famille » en lien avec l’impératif éducatif du devenir-sujet ? Plus précisément, quels repères opératoires se donnent désormais une action socio-éducative de soutien à la parentalité ou de protection de l’enfant, garante d’un accompagnement à l’autonomie ? Comment éviter de faire du « travail avec les familles » un slogan injonctif ou un ensemble de recettes reproductibles à souhait, pour laisser place à une action réellement constructive du développement et de l’épanouissement des individus ?

En somme, comment se construit le sujet – le processus de son émergence - dans l’action sociale ou socio-éducative, en regards des dynamiques familiales marquant les sociétés européennes et africaines de nos jours ? Evidemment, un regard comparatif des schémas opératoires, serait des plus enrichissants pour les uns et les autres.

Si lors du dernier séminaire, notre préoccupation avait été de faire un état des lieux sur l’approche de l’enfance en travail social, à cette prochaine rencontre, nous souhaiterions aller plus loin en affinant la question du devenir-sujet comme axe central du travail socio-éducatif, dans des contextes sociétaux de plus en plus marqués par des mutations familiales et par la diversification des trajectoires ou choix individuels.

Paul Mayoka, IFRASS-ENTSS

2ème Séminaire ENTSS - IFRASS - Du 14 au 16 mars 2017, à Dakar (ENTSS)

« Des mutations familiales et du "devenir-sujet" dans l’action socio-éducative »

Comment se construit le sujet – le processus de son émergence - dans l’accompagnement social ou socio-éducatif, en regard des dynamiques familiales marquant les sociétés contemporaines en Europe et en Afrique ?

APPEL A CONTRIBUTIONS

Trois axes pour les propositions de contribution :

  1. Fondements théoriques et empiriques du devenir-sujet en situation de mutations familiales
  2. Témoignages de pratiques d’accompagnement autour du devenir-sujet…
  3. Approches pédagogiques sur le thème du devenir-sujet… dans les formations sociales.

Merci de nous faire parvenir vos propositions de contribution, en une trentaine de lignes accompagnées d'une biobibliographie (si possible) de 4-5 lignes, par les adresses suivantes : à Paul MAYOKA pour l’IFRASS (p.mayoka@ifrass.fr) et Babacar NDIAYE pour l’ENTSS (babacar_sao_ndiaye@yahoo.fr) pour le 31 janvier 2017 au plus tard!

 

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